jeudi, février 24, 2005

Suicide de l'écrivain Hunter S. Thompson

21/02/2005 - Suicide de l'écrivain Hunter S. Thompson, auteur de Las Vegas Parano

Né en juillet 1937, Hunter S. Thompson, qui écrivait presque toujours à la première personne des histoires entre fiction et journalisme, était devenu célèbre en 1966 après la publication de "Hell's Angels", histoire de sa relation avec le gang des motards du même nom.

Ce tenant du "nouveau journalisme" est également l'auteur de "Fear and Loathing on the Campaign Trail '72", une compilation d'articles qu'il avait écrits pour le magazine Rolling Stone quand il couvrit la campagne électorale du président Richard Nixon en 1972.

C'est son fils Juan Thompson qui a découvert dimanche soir le corps de l'écrivain dans sa maison de Woody Creek, près de la station de ski d'Aspen, à environ 250 km au sud-ouest de Denver.

"Le 20 février, le Dr Hunter S. Thompson a mis fin à ses jours après s'être tiré une balle dans la tête dans sa maison fortifiée à Woody Creek, Colorado," selon un communiqué de son fils publié par le journal Aspen Daily News.

"Hunter chérissait son intimité et nous demandons que ses amis et ses admirateurs respectent sa vie privée et celle de sa famille", a-t-il poursuivi.

Son livre Las Vegas Parano est l'histoire apocryphe du drogué Raoul Duke, qui passe ses weekends à Las Vegas et qui ressemble de très près à Thompson. Il fut porté à l'écran en 1998, avec Johnny Depp dans le rôle principal, avec qui il devint ami.

Connu pour aimer vivre à l'écart du monde, gros buveur, amateur de LSD, il avait dénoncé "la dépression nerveuse à l'échelon national" dont les Etats-Unis avaient été victime après les attentats du 11 septembre 2001, déplorant notamment les atteintes aux droits civiques.

Né dans le Kentucky, Thompson avait souvent eu maille à partir avec la justice dans sa jeunesse pour des actes de vandalisme, qui lui valurent une fois 60 jours de prison.

Congédié de l'armée de l'air pour insubordination au bout d'un an de service, il part à la fin des années 1950 à Puerto Rico et en Amérique du Sud où il écrit pour des journaux, essentiellement dans la rubrique sportive.

En 1963, il épouse Sandy Conklin, une union qui dure 18 ans et dont il a eu un enfant, Juan, et des petis enfants.

Il décide à cette époque de s'installer à la campagne, à Woody Creek, où il a finalement passé la plus grande partie de sa vie.

Il avait reçu dans les années 60 un "doctorat" délivré par une mystérieuse église américaine.

Il a aussi été candidat en 1970 pour le poste de shérif à Pitkin (Colorado) en réclamant le "pouvoir aux dingues", et il ne lui a manqué que quelques voix pour être élu.

Ses derniers ouvrages sont "The Rum Diary", "Screwjack and Other Stories," "The Proud Highway" ainsi que "Hey Rube: Blood Sport, the Bush Doctrine, and The Downward Spiral of Dumbness."

Il était devenu suffisamment célèbre pour inspirer un personnage de bande dessinée.

Radio France

Hunter S. Thompson, inventeur déjanté du "gonzo-journalisme"

LOS ANGELES, 21 fév (AFP)

L'écrivain Hunter S. Thompson, personnage haut en couleurs et chantre de la contre-culture américaine mort dimanche, avait inventé le "gonzo-journalisme" dans les années 1960, livrant des reportages écrits à la première personne sans souci aucun d'objectivité.

Fasciné toute sa vie par les armes à feu, l'auteur déjanté de "Las Vegas parano", 67 ans, semble s'être tiré une balle dans la tête dans sa maison du Colorado (ouest), selon sa famille et la police.

Connu pour son style explosif, acerbe et drôle, Thompson racontait des histoires incongrues et délirantes rédigées à la première personne, seule garantie à ses yeux pour décrire un événement -- ou ses propres expériences -- avec justesse.

Anarchique et passionné, Thompson est devenu une figure culte aux Etats-Unis avec "Hell's Angels", le récit de sa cohabitation de plusieurs mois avec ce gang de motards qui terrorisait l'Amérique.

Idéalisant ceux qu'il prenait pour des rebelles épris de liberté, et reprochant à la presse traditionnelle de les "napper de sang et saupoudrer de ridicule", il a déchanté amèrement à leur contact, les trouvant puérils et imbéciles. Il a même fini par se faire casser la figure lorsqu'il a refusé de partager avec eux les droits d'auteur.

Cet observateur désabusé de la décadence et des hypocrisies de la société américaine avait notamment couvert, pour le magazine Rolling Stone, la campagne électorale de Richard Nixon en 1972, qu'il détestait.

Le président américain le lui rendait bien, l'ayant décrit comme un représentant de "ce côté obscur, vénal et incurablement violent du caractère américain", une insulte dont Thompson n'était pas peu fier.

Rebelle, l'écrivain pensait que le "héros franc-tireur américain ne doit pas se contenter de se moquer ou d'insulter la majorité silencieuse, il doit la violenter, la scandaliser, la tordre, lui faire mal, l'écraser".

Il s'était éloigné du reportage traditionnel, titubant dans le style qu'il a baptisé "gonzo" à l'occasion d'une couverture de course de chevaux.

"Je m'étais explosé la tête, incapable de bosser", avait-il confié au magazine Playboy. A l'heure du bouclage, il "commence à déchirer des pages de (son) carnet, les numérotant et les envoyant à l'imprimerie. J'étais sûr que ce serait le dernier article que j'écrirais pour un journal".

Inondé de coups de fils et de courrier de lecteurs ébahis par ce "journalisme d'un type nouveau", Thompson comparait ce succès inattendu à la sensation d'une "chute libre dans une cage d'ascenceur terminant dans une piscine remplie de sirènes".

Son roman le plus célèbre, "Las Vegas Parano", raconte la virée de Raoul Duke, journaliste halluciné lui ressemblant comme un frère, à Las Vegas avec son copain, le "Dr Gonzo". A bord d'une superbe décapotable rouge, armés jusqu'aux dents d'une panoplie impressionnante de drogues, ils combinent les effets de diverses substances jusqu'à l'écoeurement, laissant dans leur sillage chambres d'hôtel mises à sac, voitures éprouvées, témoins et victimes hagards.

Le livre fut porté à l'écran en 1998 par Terry Gilliam, avec Johnny Depp dans le rôle principal.

Né dans le Kentucky (centre-est), Thompson avait souvent eu maille à partir avec la justice dans sa jeunesse pour des virées alcoolisées et des actes de vandalisme. Congédié de l'armée de l'air pour insubordination au bout d'un an de service, il se lança dans le journalisme, sportif essentiellement, comme correspondant à Puerto Rico et en Amérique du Sud.

Son look inimitable, lunettes d'aviateur, porte-cigare et chapeau, avait inspiré un personnage excentrique dans une BD célèbre de satire politique américaine.

Courrier International
24.02.2005

jeudi, février 10, 2005

Art-monologue et Art devant témoins

Nietzsche met le doigt sur quelque chose avec sa distinction entre l’art-monologue et l’art devant témoins.

Citation :
« Je ne sais pas d’optiques plus tranchées que celle de l’artiste qui observe l’élaboration de son œuvre (c’est-à-dire s’observe lui-même), avec l’œil d’un témoin et celle de l’artiste « qui oublie le monde » : cet oubli est l’essence de tout art-monologue; l’art monologue repose sur l’oubli, l’art-monologue est la musique de l’oubli. » (Le gai savoir, §367)

Voilà! Ma prédilection va de très loin à l’art-monologue; il me semble que ce que j’écris de mieux entre dans cette catégorie, ou du moins, c’est de loin lorsque j’arrive à oublier l’existence d’un public futur que je suis le plus à l’aise pour écrire. Bien sûr, on écrit toujours pour un public, mais on peut très bien l’oublier, se berner soi-même, croire qu’on écrit seulement pour soi et décider seulement après si ça vaut la peine d’être lu par un public, comme je fais habituellement sur cette page.

C’est de la même façon qu’il faudrait que j’écrive mon roman : dans l’oubli total du monde aux alentours, dans l’oubli des autres comme de moi-même. Dans une sorte d’état d’ivresse, comme j’avais réussi à le faire pour le premier. Il m’est venu une phrase récemment : « Il faut écrire un livre comme s’il n’y en avait aucun autre ». Ça m’est venu parce que j’ai trop tendance à aller voir « comment les autres ont fait. » Et puis ensuite j’ai de violents mouvements de rejet, je veux couper toutes les influences, je me dis que je ne veux pas d’exergue, pas de citations d’autres auteurs, pas de références. Rien. Non pas que je ne sois pas influencé, mais j’ai BESOIN de cette illusion de solitude pour créer, sinon, je paralyse. Je deviens « self-conscious », je sens le regard des autres sur moi et ça me sape.

(Voilà pourquoi j’ai enlevé le système de commentaire de mon site depuis longtemps.)

Je soupçonne que ce « regard des autres » fictifs, le jugement à venir suspendu comme une épée de damoclès, pèse plus souvent qu’on ne le pense au-dessus la tête des artistes. Chacun trouve sa façon de le surmonter. Certains jouent avec cela, certains sont capables de composer avec le fait qu’ils sont en train de faire un spectacle ; ils usent alors d’auto-dérision pour désamorcer les jugements des autres avant même qu’ils puissent se présenter. Chez moi, c’est l’enfoncement dans une naïveté, dans une sorte d’autisme du genre « il n’y a rien d’autre en dehors de ce que j’écris maintenant ». Je mets le monde dehors le temps que j’écris.

Mais ça ne fonctionne pas toujours. Je dirais que toutes les fois où je n’arrive pas à écrire, c’est que je n’arrive pas à ignorer cette présence virtuelle des autres, au fond de ma tête. Pourtant, je ne pense pas que ce soit des comparaisons avec de grands écrivains qui me paralysent. Les plus grand ont mis une vie à atteindre leur grandeur ; j’ai amplement le temps.

Non, ce qui paralyse, c’est de penser que des éditeurs et des critiques littéraires m’attendent avec leur jugement. Si ça reste au fond de mon esprit, je me mets à écrire tout autrement : je fais de l’art devant témoin, j’intègre dans mon écriture ce spectateur imaginaire qui prononce un jugement. Le style se transforme et automatiquement ça heurte mon goût, je me dis que ce n’est « pas ça que je veux écrire ». Et je fige. C’est con; ce n’est pas le jugement des lecteurs qui transforme mon écriture, c’est le jugement de ces satanées autorités; d’où mon envie actuelle de les démolir à coup de pioche.

Est-ce qu’on peut intégrer ça aussi? La violence contre l’autorité? Se torcher avec la tradition?

Ce qui est bien sur un blog, c’est qu’on peut écrire sans attirer sur soi le moindre jugement. Sur le net, c’est facile : j’écris comme s’il n’y avait aucun autre blog. C’est facile parce qu’il n’y en a pas tellement que j’apprécie. Il n’y a pas de tradition; mon blog est l’un des premiers. Je ne pense pas que la comparaison avec les autres blogueurs est vraiment ce qui est important. Encore ici, c’est surtout une question de rapport avec le jugement venu d’en haut; dans ce cas, c’est l’absence totale d’autorité pour juger de ce qu’est un bon blog qui donne toute la liberté du monde. Il y a déjà eu des concours, mais c’est marginal. On peut faire ce qu’on veut, personne ne vient commenter. C’est l’avantage de l’obscurité, de la marginalité du blog.

Ah! Si je pouvais toujours écrire comme ça! Mais maintenant, la forme « histoire » est liée dans ma tête à « comité de jugement possible » sur cette histoire, et ça modifie ma façon même d’écrire, la rendant – à mes yeux – moins authentique.

Tout cela explique sûrement pourquoi je ne me mets pas à écrire des nouvelles pour les envoyer dans une revue, ou un article pour la revue philosophique de l’université. Dès le départ, je saurais que j’écris devant témoin, je n’arriverais pas à me débarrasser de cette idée. Savoir qu’on écrit devant témoin ne m’empêche pas d’écrire, évidemment : je le fais bien pour mes travaux de philo, je n’oublie pas une seconde que cet écrit est destiné à un professeur. Mais ça donne un tout autre style. Ça empêche d’écrire avec sincérité.

Je sais trop bien ce qui se passe quand j’écris pour un témoin : j’intègre en moi quelque chose qui se met à calibrer le texte expressément pour le prof. Je deviens une sorte de maître du « tétage », d’autant plus expert qu’il peut le camoufler subtilement. Il faut intégrer toutes sortes de clins d’œils, d’effets rhétoriques pour impressionner le correcteur, lui montrer qu’on a tellement bien compris qu’on peut se permettre des subtilités dissimulées, repérables seulement par des experts – créer un effet de connivence entre le professeur et soi. « Regarde comment je comprends bien Kant, regarde comme c’est astucieux ce que je dis! » Bref, il faut flatter, épater la gallerie, faire de l’esbroufe. Je le fais sans remords, avec une sorte de cynisme amusé : c’est le jeu, et je me prête au jeu, je le joue le mieux possible. Mais ça ne fait pas des œuvres ça! Je ne voudrais pas publier ça!

Ces textes ne sont pas malhonnêtes pour autant, j’arrive toujours à passer une grande part de mes propres idées sans les travestir, seulement, je sais que c’est une toute autre façon d’écrire que la façon la plus libre que je connais, celle de l’art-monologue. Le style est différent. Je le sais parce que je pratique cette forme depuis longtemps, sur le net. Ici je n’utilise aucun de ces jeux rhétoriques, je ne flatte personne, je suis même souvent méchant, j’envoie promener des gens allégrement et je m’en fiche. Si je n’avais jamais écrit sur le net, je n’aurais jamais développé ce goût pour l’écriture idiosyncrasique, brute, directe, honnête, qui assume ses propres défauts, je n’aurais pas de malaise à écrire dans le style « pour témoin », comme mes travaux pour les profs. Un écrit orienté dans le but de produire un effet : une bonne note.

Souvent je ne peux m’empêcher de grimacer quand je lis certains articles philosophiques écrit par mes collègues dans les revues étudiantes – que d’efforts ils font pour impressionner le comité de lecture ou le lecteur! Que tout cela est affecté ! Personne n’écrirais un monologue à soi-même de cette façon! Encore des textes dans le but d’obtenir une bonne note.

C’est tout autre chose de lire les grands philosophes…

Enfin. Je préférerais publier des textes écrits en art-monologue, dans l’oubli de moi et du public; ils me semblent avoir une plus grande sincérité de ton. Sinon, m’abstenir.

05.02.2005

DARNZIAK
http://www.darnziak.com

samedi, février 05, 2005

Memorial de l'Holocauste

Afin de rendre un hommage exceptionnel aux millions d'êtres humains morts au cours du génocide savamment orchestré par les Nazis, et pour la première fois dans son histoire, le musée d'Auschwitz-Birkenau a autorisé un certain nombre de musiciens en provenance du monde entier à venir jouer dans les camps. Une performance unique retranscrite dans un film de 90' tourné entièrement en extérieur. Une série de morceaux choisis, ayant tous un lien quelque part avec l'Holocauste, alternent avec les récits poignants de trois survivants des orchestres d'hommes et de femmes. Tout en témoignant de la manière perverse dont le régime nazi abusa de la musique, leurs voix confirment aussi le rôle universel que peut jouer la musique en tant que consolation. Combinaison forte d'interprétations musicales et de témoignages, le film apporte au public un éclairage émouvant sur les terribles événements qui se sont déroulés en Pologne et sur leur d'autant plus grande signification aujourd'hui, au 21e siècle.

Parmi les musiciens de renommée mondiale qui prennent part au film, citons le violoniste russe Maxim Vengerov, le pianiste américain Emmanuel Ax, un nombre de chanteurs internationaux parmi lesquels les sopranos canadienne et anglaise Isabel Bayrakdarian et Kate Royal, la mezzo-soprano suédoise Tove Dahlberg, la basse-baryton canadienne Gerald Finlay et le ténor lithuanien Edgaras Montvidas. Les orchestres Sinfonietta Krakowia et Camerata Silesia sont placés sous la direction de l'Américain John Axelrod. Le film comporte de la musique liturgique juive aussi bien que des oeuvres de Chopin, Gorecki, Messiaen, Ullmann et Bach. En outre, le clarinettiste klesmer, d'origine américaine, David Krakauer jouera une oeuvre inédite, spécialement écrite par le compositeur juif argentin Osvaldo Golijov.

émission télévisée sur La Deux
(04.02.2005)