vendredi, août 19, 2005

Arrestation dans des centres d'accueil pour demandeurs d'asile

Arrestations dans des centres d’accueil pour demandeurs d’asile : confusion des rôles et confiance trahie17/08/2005

La Ligue des droits de l’Homme dénonce les arrestations dans des centres d’accueil pour demandeurs d’asile.

Les signaux d’alarme se multiplient : une soixantaine de personnes ont déjà été arrêtées depuis le début de l’été dans des centres d’accueil gérés par Fedasil, l’Agence fédérale pour l’accueil des demandeurs d’asile. Certains occupants de ces centres, demandeurs d’asile déboutés pour la plupart mais en attente d’une décision du Conseil d’Etat, n’osent plus rester dans ces centres par crainte d’être arrêtés à leur tour.

Ces arrestations sont effectuées sur demande de l’Office des étrangers. Un protocole de coopération a été conclu entre l’Office et Fedasil relatif à la mise en œuvre de l’expulsion de personnes qui ne sont plus en ordre de séjour mais qui bénéficient toujours de l’aide sociale dans ces centres.

Ce protocole est choquant dans son principe en ce qu’il entretient une confusion des rôles entre les personnes chargées d’accueillir les demandeurs d’asile et celles chargées de les éloigner. Ainsi, si le protocole indique que « la direction du centre d’accueil ne participe pas à l’exécution des missions des services de police », il n’en précise pas moins que la direction du centre doit fournir à l’Office « tout renseignement pertinent en vue de l’expulsion » et « prêter assistance à l’intervention menée par la police ».

Ce protocole choque également en ce qu’il viole au moins deux principes fondamentaux : le droit au recours effectif et l’inviolabilité du domicile. Si on sait que le recours au Conseil d’Etat n’a pas d’effet suspensif sur la possibilité d’expulsion, la Ligue continue de dénoncer cette violation du droit au recours effectif tel que garanti par l’article 13 de la Convention européenne des droits de l’Homme. Et constate au passage que les enseignements de l’arrêt Conka n’ont toujours pas été tirés.

Par ailleurs, l’article 8 de la même Convention consacre le principe de l’inviolabilité du domicile. Alors que la protection du domicile est accordée aux personnes détenues en prison ou séjournant à l’hôpital – la police n’a pas accès aux cellules ni à la chambre d’hôpital en dehors d’exceptions restrictives comme le flagrant délit ou un mandat de perquisition, il n’est pas acceptable que la police puisse pénétrer librement dans les chambres des centres d’accueil en semant la panique parmi leurs occupants.

Enfin, ce protocole est totalement incompréhensible pour les gens qui séjournent dans les centres. Dans ce contexte, ils ne peuvent que développer une méfiance à l’égard des institutions chargées de les accueillir. Au point que certains finissent par quitter les centres et se trouvent dans la plus totale précarité.

La Ligue des droits de l’Homme s’insurge contre ces arrestations, dénonce le protocole de coopération conclu entre Fedasil et l’Office des étrangers et demande l’interruption immédiate des arrestations dans les centres d’accueil pour demandeurs d’asile.

Ligue des Droits de l'Homme
Communiqué de presse du 17/08/2005

Réfugiés: nouvelle grève de la faim

A Charleroi, une trentaine de candidats réfugiés occupent depuis mardi, la basilique Saint-Christophe. Ils ont entamé une grève de la faim. Les grévistes craignent d'être arrêtés et expulsés. Ils demandent que leur demande d'asile soit réexaminée.

Les candidats réfugiés font à nouveau parler d'eux : A Jumet, vendredi, une cinquantaine de pensionnaires du centre ouvert bloquait un fourgon qui devait emmener l'un d'eux, un Togolais, vers un centre fermé avant son expulsion. Mardi, ils étaient près d'une trentaine à fuir le centre ouvert de Jumet et venir chercher refuge dans la basilique Saint-Christophe à Charleroi, par crainte d’une arrestation et d’une expulsion forcée depuis l'accord intervenu entre l'office des étrangers et la Fedasil, l' Agence Fédérale chargée de leur accueil. Dans cette basilque, ces candidats réfugiés y ont entamé une grève de la faim. Ils demandent que leur demande d'asile soit réexaminée et attendent une geste du gouvernement belge.

Par ailleurs, une cinquantaine de demandeurs d’asile ont manifesté mardi, à Bruxelles, devant le Petit Château. Ils entendaient dénoncé les expulsions qui ont lieu depuis le début de l'été., mais aussi la manière dont leurs dossiers sont traités par l’Office des Etrangers.

Pour rappel, depuis le début de l'été, une directive de la Fedasil, l'Agence fédérale pour l'accueil des demandeurs d'asile, prévoit la fin de l'aide matérielle pour les demandeurs déboutés; concrètement, cette nouvelle mesure se traduit par une série d'expulsions.

RTBF.be
2005/08/17 10:55:51

Nouvelle action contre les expulsions

Des réfugiés campent dans la basilique Saint-Christophe. Ils réclament la suspension des expulsions en attendant l'aboutissement des recours devant le Conseil d'Etat.

Ils sont une quarantaine réunis depuis mardi dans la basilique Saint-Christophe de Charleroi. Venus du Centre pour réfugiés de Jumet, ils entendent manifester leur refus des mesures d'expulsion envisagées pour certains d'entre eux. Avec, clairement affichée, une menace de grève de la faim.

Le premier incident date de la semaine dernière, quand la police s'est présentée au Centre de Jumet, pour emmener un demandeur d'asile originaire du Togo. Sa demande de régularisation lui avait été refusée, et il avait déposé un recours devant le Conseil d'Etat. Ce recours ne suspend pas la mesure d'expulsion du territoire, mais en pareil cas, la patience est normalement de rigueur. En l'occurrence, elle n'a pas été respectée. Du coup, d'autres hébergés du Centre jumétois ont manifesté leurs craintes et leur colère, s'opposant au départ de ce réfugié togolais.

Durant le week-end, des menaces analogues se sont précisées pour d'autres réfugiés, en attente eux aussi d'une décision du Conseil d'Etat. Mardi après-midi, plusieurs dizaines d'entre eux ont donc fui Jumet, pour aller trouver refuge dans la basilique Saint-Christophe, dans le quartier de la Ville-Haute, à Charleroi.

Parmi eux, des femmes et des enfants, dont le plus jeune a quatre mois à peine. Plusieurs nationalités sont représentées : des Togolais, des Russes, des Ivoiriens, de Guinéens, d'autres venus de Sierra Leone... Tous ont passé la nuit sur place. Dans la soirée de mardi, la FGTB et le Moc leur ont apporté leur soutien et des représentants du clergé local sont venus les aider à s'installer.

Mercredi après-midi, ils étaient une quarantaine à écouter, recueillis et craintifs, les instructions qui leur étaient données. Autour d'eux, des couvertures posées à même le sol et des draps de lit froissés, au pied des confessionnaux. On annonçait également l'arrivée de délégués de la Croix-Rouge et d'autres de la Ligue des droits de l'Homme. L'occupation s'est organisée.

Dans l'entrée de l'édifice, une affiche annonce la couleur: «Grève de la faim - Durée indéterminée», tandis qu'une autre proclame «Donner des papiers à tout le monde».

Leur principale réclamation : la suspension des mesures d'expulsion en attendant l'aboutissement des recours introduits. La grève de la faim se poursuivra, jusqu'à ce que cette garantie leur soit donnée. D'ici là, seule la nourriture destinée aux enfants sera acceptée.

Philippe Mac Kay
© La Libre Belgique 2005

La vie s'organise vaille que vaille à la Basilique

Allongés sur le sol dans une couverture, des enfants dorment encore. D'autres jouent à courir, brisant le silence propice à la prière. Leurs rires contrastent avec la gravité des visages de leurs parents. Depuis mardi après-midi, ils ont trouvé asile à la basilique Saint-Christophe de Charleroi, pour fuir la menace d'un rapatriement.

Ce mercredi matin à 10h30, quarante-huit résidents du centre d'accueil de réfugiés de Jumet - un nombre appelé à augmenter - abordent leur deuxième jour d'occupation. Et de grève de la faim. Nous n'avons droit qu'à du thé avec un peu de sucre, explique leur porte-parole. De l'eau aussi pour étancher les soifs. Les enfants y échappent. Pour eux, nous avons reçu du riz et des pâtes, poursuit notre interlocuteur. Mais ici, à l'église, nous n'avons rien pour les faire cuire, alors ils doivent se contenter de biscuits. Certains n'ont rien dans le ventre, comme le petit Ilias (6 ans), aîné d'une fratrie de trois. Je n'ai bu que du lait. Il ignore si son frère et sa soeur ont pu avaler quelque chose.

Ce qui manque ici, confie une maman angolaise, ce sont des couvertures. La Croix-Rouge nous en a données, mais on n'en a pas assez pour tout le monde. Pour dormir, des réfugiés ont donc dû s'asseoir sur des prie-Dieu. Ils les ont préférés au sol froid. Ils sont restés installés comme ça jusqu'au matin, rapporte un témoin. C'est le cas de Clara. Elle a laissé sa couche à sa fille, née au centre ouvert de Charleroi en 2001. Je veux lui offrir la chance d'une vie en sécurité en Belgique, dit-elle. J'ai peur d'être rapatriée de force. C'est pour cela que je suis ici. D'autres ont choisi de fuir. Deux Togolais ont disparu en coupant leur portable, selon le porte-parole. L'intervention de la police vendredi les a effrayés. Cette nuit, une troisième a failli partir en cavale. Elle nous a finalement rejoints à l'ouverture de la basilique.

On pense moins à organiser la vie que la résistance. C'est ainsi qu'un groupe s'active à préparer des affiches pour les placarder sur les portes : il s'agit de donner de la visibilité à l'action. Les unes revendiquent la régularisation, d'autres refusent les expulsions.

Des sympathisants passent. Hier (NDLR : mardi), nous avons reçu de nombreux témoignages de soutien, se réjouit une jeune femme. Après un accueil chaleureux du doyen, des responsables du monde associatif sont venus exprimer leur solidarité comme Fabrice Eecklaer, du Mouvement ouvrier chrétien, ou Pasquale Coliccio, de la FGTB. Ils assurent le relais logistique.

L'hospitalité de l'église n'empêche pas des problèmes, d'ordre sanitaire notamment. C'est ainsi que l'on fait souvent la file devant l'unique WC disponible, dans l'annexe du choeur. Les réfugiés n'ont qu'un lavabo pour faire leur toilette. Si les hommes peuvent encore s'en accommoder, les femmes ont besoin de se doucher. Il va falloir trouver une solution. Sans menacer le jeûne que s'imposent les manifestants. Ensemble, on peut se surveiller tandis que seul, on peut être tenté de manger.

Le Soir
DIDIER ALBIN - jeudi 18.08.2005