vendredi, août 19, 2005

La vie s'organise vaille que vaille à la Basilique

Allongés sur le sol dans une couverture, des enfants dorment encore. D'autres jouent à courir, brisant le silence propice à la prière. Leurs rires contrastent avec la gravité des visages de leurs parents. Depuis mardi après-midi, ils ont trouvé asile à la basilique Saint-Christophe de Charleroi, pour fuir la menace d'un rapatriement.

Ce mercredi matin à 10h30, quarante-huit résidents du centre d'accueil de réfugiés de Jumet - un nombre appelé à augmenter - abordent leur deuxième jour d'occupation. Et de grève de la faim. Nous n'avons droit qu'à du thé avec un peu de sucre, explique leur porte-parole. De l'eau aussi pour étancher les soifs. Les enfants y échappent. Pour eux, nous avons reçu du riz et des pâtes, poursuit notre interlocuteur. Mais ici, à l'église, nous n'avons rien pour les faire cuire, alors ils doivent se contenter de biscuits. Certains n'ont rien dans le ventre, comme le petit Ilias (6 ans), aîné d'une fratrie de trois. Je n'ai bu que du lait. Il ignore si son frère et sa soeur ont pu avaler quelque chose.

Ce qui manque ici, confie une maman angolaise, ce sont des couvertures. La Croix-Rouge nous en a données, mais on n'en a pas assez pour tout le monde. Pour dormir, des réfugiés ont donc dû s'asseoir sur des prie-Dieu. Ils les ont préférés au sol froid. Ils sont restés installés comme ça jusqu'au matin, rapporte un témoin. C'est le cas de Clara. Elle a laissé sa couche à sa fille, née au centre ouvert de Charleroi en 2001. Je veux lui offrir la chance d'une vie en sécurité en Belgique, dit-elle. J'ai peur d'être rapatriée de force. C'est pour cela que je suis ici. D'autres ont choisi de fuir. Deux Togolais ont disparu en coupant leur portable, selon le porte-parole. L'intervention de la police vendredi les a effrayés. Cette nuit, une troisième a failli partir en cavale. Elle nous a finalement rejoints à l'ouverture de la basilique.

On pense moins à organiser la vie que la résistance. C'est ainsi qu'un groupe s'active à préparer des affiches pour les placarder sur les portes : il s'agit de donner de la visibilité à l'action. Les unes revendiquent la régularisation, d'autres refusent les expulsions.

Des sympathisants passent. Hier (NDLR : mardi), nous avons reçu de nombreux témoignages de soutien, se réjouit une jeune femme. Après un accueil chaleureux du doyen, des responsables du monde associatif sont venus exprimer leur solidarité comme Fabrice Eecklaer, du Mouvement ouvrier chrétien, ou Pasquale Coliccio, de la FGTB. Ils assurent le relais logistique.

L'hospitalité de l'église n'empêche pas des problèmes, d'ordre sanitaire notamment. C'est ainsi que l'on fait souvent la file devant l'unique WC disponible, dans l'annexe du choeur. Les réfugiés n'ont qu'un lavabo pour faire leur toilette. Si les hommes peuvent encore s'en accommoder, les femmes ont besoin de se doucher. Il va falloir trouver une solution. Sans menacer le jeûne que s'imposent les manifestants. Ensemble, on peut se surveiller tandis que seul, on peut être tenté de manger.

Le Soir
DIDIER ALBIN - jeudi 18.08.2005